On n'aurait pu choisir meilleurs titre et pochette pour ce disque à la fois lumineux, racé, fougueux, trouble, apaisant et altier. Il y a de tout ça chez Bill. Inéluctablement, les mots manqueront. De ses débuts, Callahan a su conserver un certain sens du dépouillement et de la simplicité, illustré magnifiquement par ses balades feutrées construites autour de touches légères de guitares et de piano, discrètement soutenues par le rythme d'une batterie. Mais il sait aussi nourrir davantage ses compositions et y incorporer avec justesse des envolées symphoniques épiques à base de violons et de violoncelles, quelques riffs blues ou encore quelques pointes d'orgue ou de synthétiseur.
Sur Sometimes I wish we were an eagle, on passe successivement de l'ombre à la lumière, de la vie à la mort, des errements à la cavalcade, constamment couvé et rassuré par la voix chaude du chanteur du Maryland. Loin d'être linéraire, le disque ménage habilement ses moments de dépression puis de rémission, alternant à merveille temps forts et temps faibles comme on pourrait le dire en jargon rugbystique. De la balade solennelle « Too many birds » à la vigoureuse et dynamique « My friend », en passant par la brume macabre de « Invocation of ratiocination » et ses spectres vocaux. Les arrangements des titres sont tous littéralement à tomber par terre et laisse à chaque instant béat devant tant de pureté et de classe. De noblesse, oserais-je dire.
Un des sommets du disque est atteint avec le titre au nom prémonitoire « All thoughts are prey to some beast ». Grandiose voire grandiloquente, trépidante et majestueuse, sont des termes appropriés pour qualifier cette chevauchée courageuse et orageuse à laquelle se livre Bill Callahan. Les percussions claquent crûment et nous mettent en selle sans sommation, bravement nous avalons la distance sous les éclairs de violon et le tonnerre de quelques notes de guitare saturée. En deus ex machina, le chanteur joue sur ses moments d'absence et laisse longuement les instruments s'envoler, presque hors contrôle, surgissant ensuite pour quelques imprécations. Le souffle coupé, Bill ne nous lâche pas pour autant et nous tire ensuite lentement vers l'abyme avec « Invocation of ratiocination », court interlude sombre et ambiant, véritable ovni de l'album. Le mouvement s'achève sur une rédemption avec « Faith/void », dans le calme et la sérénité, doucement réchauffé par la voix radieuse et bienveillante du folksinger. Heureux et sauvé, il est grand temps pour nous de déposer les armes... et les couronnes de lauriers aux pieds de notre héros.
En bref : Héroïque et fragile, égarée et apaisée, une nouvelle grande œuvre d'un très très grand Monsieur de la chanson américaine, conjuguant merveilleusement envolées symphoniques et pureté folk. Impossible à ignorer.
Le myspace de Bill Callahan
All thoughts are prey to some beast.mp3
"Jim Cain", premier titre de l'album, en live chez un petit disquaire de Colombus, Ohio :
9 Comments:
Voilà exactement pourquoi on devrait parfois s'informer de nos projets de chroniques... J'ai l'air fin, moi, maintenant, avec ma chronique aux 3/4 achevée, mise de côté pour cause de départ en week-end !
A+
Shit ! Je dirai même plus, 10 de shit ! Faudrait effectivement qu'on se tienne au courant... d'autant plus que ça vient aussi de m'arriver avec le nouvel album des Depeche Mode ! J'espère que ça ne gâchera pas ton week-end mais je ne suis guère inquiet de ce côté-là. Faudra qu'on planche un peu sur une façon de mieux se coordonner. A+, bises
Moi je continue la mienne!
ça signifie certainement qu'on a là un album réussi.
Bonne fin de week end.
Salut,
Je suis on ne peut plus d'accord avec cette critique et le verdict final. Probablement le meilleur album de folk de l'année.
Et "All thoughts are prey to some beast" est la chanson folk de l'année pour le moment.
Un très grand disque de Mister Callahan.
Ma chronique ici: http://www.smahut.com/BlogQuenelle/2009/04/20/bill-callahan-sometimes-i-wish-we-were-an-eagle-2009/
A +, Thibault. J'en profite pour rajouter ce blog dans les liens de mon blog. Très bon blog.
J'avais quand même oublié de dire : très belle chronique !
Par contre je suis quasi-sûr que c'est "It"s time to put GOD away" qu'il répète sur "Faith/Void". Et ce n'est pas la première fois que monsieur Callahan exprime ses conceptions nietzschéennes et ses problèmes avec Dieu. Mais peut-être me trompe-je ?
Bises
Dave
Tu as bigrement raison cher ami ! Mea culpa et surtout merci.
?????????!!!!!!!
C'est quoi ce charabia, brother ?
Pas de langage SMS ici, par pitié !!
Sinon, j'ai bien une suggestion pour remédier à l'histoire des chroniques doublons : introduire la fonction qu'avait Ju sur son profil, et qui concerne les chroniques envisagées, bien que cela manque de précision quant à la date de post !
Ou alors, tout bêtement, mettre des
chroniques "en brouillon" comme votre serviteur, et s'engager évidemment à les publier, disons sous huitaine !
Voila.
Je crois que l'idée du brouillon pour la (ou les) chronique(s) imminente(s) est plutôt une bonne idée et la plus simple de surcroît...
Bonne journée,
fab
Et si vous publiez vos chroniques en résumé dans les commentaires : tjs intéressant d'avoir plusieurs avis
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